Le 29 juin 1884, la gare du village de Camps la Source est rebaptisée « Camps-lès-Brignoles ». Offusqué, le Conseil Municipal vote la délibération suivante : Considérant que la dénomination Camps-lès-Brignoles pourrait donner lieu à croire la ville de Camps un faubourg de Brignoles Considérant que cette dénomination pourrait porter un grave préjudice à notre commune.

Le Conseil demande la dénomination « Camps-Chapellerie »

La dénomination fut refusée par la Compagnie PLM mais il y eut deux gares, une pour les voyageurs, une pour les marchandises. Les charrettes partaient des usines pour aller porter les chapeaux et les feutres aux wagons stationnés près des hangars de la gare de marchandises.

Camps était une commune industrielle. Cela n'avait pas toujours été le cas. L'artisanat du feutre et de la chapellerie a commencé à se développer dans les familles de tisserands au début du 17ème siècle. Etre chapelier, c'était avoir un petit atelier dans sa maison, réservé entre autre au tissage ou à la couture.

En 1838, quinze fabriques de chapeaux sont recensées par le cadastre et par une délibération du Conseil Municipal. Gravite autour d'elles un réseau de petits ateliers dont le nombre est très variable. Ce nombre va augmenter au cours de la seconde moitié du 19ème siècle.

En 1867, une délibération du Conseil municipal recense 20 fabriques qui produisent journellement soixante et dix douzaines de chapeaux environ, nécessitant la combustion quotidienne de 15 à 18 000 kg de charbon. C'est une industrie fluctuante qui connaît une baisse de rendement au printemps lorsque sortent les chapeaux de paille. Ainsi beaucoup d'ouvriers vivaient à la fois de leurs terres et de la chapellerie selon les vicissitudes du moment.

Cette activité industrielle entraînait tout de même des désagréments environnementaux ainsi soulignés : « les ruisseaux qui passent devant beaucoup d'habitations charrient des eaux noires chargées de détritus provenant des chapelleries ainsi que diverses teintures et acides employés dans cette industrie ».

Puis il y eut la guerre. Lorsque l'armistice fut signé en 1918, le monde avait changé, la société aussi. Après quelques tentatives de sauvetage d'une activité économique qui avait modelée le village durant quatre siècles, il fallut se résoudre à fermer les usines.

Il a été un temps question d'installer une usine de petites briquettes de bois dans les bâtiments de l'usine du Portail. L'affaire ne s'est pas faite et les lieux ont été rachetés par la Coopérative Vinicole. En 1963, ils ont été donnés en location à l'association du Cercle de l'Avenir. C'est ainsi qu'ont été installés les fameux escaliers en bois, fabriqués par Monsieur Rouy. Beaucoup les ont montés dans la joie, pour les redescendre avec quelques difficultés !!!

Puis, avec l'avènement des industries, des regroupements se sont opérés entre fabriques jusqu'à la création d'usines. D'un côté du village, Philémon ORTIGUES agrandit sa fabrique en s'associant avec son beau-frère. Leur usine de fabrication de chapeaux fut installée au portail, dans le bâtiment attenant à la Cave Coopérative.

Vous pouvez apercevoir la cheminée de cette « usine à vapeur » en vous promenant sur le Chemin Neuf. L'autre industrialisation fut celle menée par Maximin LION. Ce dernier ferma la fabrique de chapeaux en 1878 et opéra une reconversion dans la fabrique de feutres, notamment pour la Marine Nationale. Cette activité industrielle a permis au village de jouir d'une aisance relative. Ainsi, il y avait alors trois boucheries, les habitations étaient dans de meilleures conditions hygiéniques que celles des villages exclusivement agricoles.

Les bâtiments de la Servie sont devenus des entrepôts de fruits et légumes, dont les propriétaires étaient Monsieur et Madame FLORIO. Cette activité a permis à deux générations de Campsois d'avoir un petit travail saisonnier au village. Les jeunes aidaient à ramasser les fruits et puis dans les hangars, les triaient et les mettaient en cagettes pour la vente. Cette activité cessé au début des années 80.

Depuis les bâtiments de l'usine de feutres sont fermés, constituant un danger pour la population et, ont un impact visuel fort négatif sur l'environnement. Au terme d'une procédure longue dû au fait qu'une partie des propriétaires des lieux n'étaient pas connus, la commune s'est portée acquéreur de l'ensemble de la propriété. L'arrêt de la Cour d'Appel d'Aix en date du 06 avril 2005 met un terme à la procédure d'expropriation.

Ces bâtiments ont été durant plus de quatre siècles des lieux d'activités et des lieux de vie. En les rachetant, la commune, désormais propriétaire, entend leur redonner vie en leur donnant une vocation à la fois culturelle et touristique, tout en leur conservant un caractère historique.